23-02-2024
La Miðfjarðará d’Islande, « la reine des rivières », est l’un des meilleurs endroits de cette planète pour perfectionner vos techniques de pêche en surface à une main pour le saumon. Nous avons eu le privilège de séjourner au lodge Midfjardará à plusieurs reprises et d’apprendre pas mal d’astuces auprès de leurs guides — des enseignements qui se sont révélés efficaces ailleurs aussi. Voici notre interprétation de ce à quoi s’attendre lors d’un voyage de pêche à la mouche en Islande, une grande partie de ces conseils étant également applicables à d’autres rivières similaires comme Laxá i Kjos, Selá, Hofsá, Langá, Nordurá ou Vididalsá.
Texte : Antti Kalske
Images : Midfjarðará Lodge
Si un extrême du spectre de la pêche au saumon serait la pêche au saumon baltique en début de saison avec des lignes plongeantes et des cannes à deux mains sur de grandes rivières en crue, un séjour de 4 jours à Midfjardará serait l’exact contraire. Canne légère à une main, pools intimes, approches fines et, surtout : action en surface et petites mouches. Lignes flottantes, bas de ligne légers (environ 0,25–0,30 mm) et un montage à une main pour soie d’environ 7, 9–10 pieds sont la voie à suivre.
La pêche se pratique par paires, deux cannes par guide, qui vous conduit le long (et à travers) la rivière avec un véhicule 4×4 pour rejoindre une collection variée de magnifiques pools. Les plus typiques sont peut‑être des courants peu profonds, calmes, bordés d’herbe, allant de quelques mètres de large à des distances presque adaptées aux cannes à deux mains au célèbre pool « Airport ». Ceux‑ci sont accompagnés de pools profonds où les poissons se tiennent et de zones de canyon rocheuses avec de l’eau blanche qui se transforme en queues turbulentes. Le tempo de pêche à Midfjardará peut se décrire comme un peu « run‑and‑gun » : un tour rapide ou deux — parfois seulement quelques lancers — pour couvrir des dizaines de pools, plutôt que de passer des heures à peigner de façon monotone un seul d’entre eux. Vous n’allez certainement pas allumer un feu de camp et griller des hot‑dogs au bord de la rivière.
Alors, quelles techniques de pêche à la mouche pouvez‑vous espérer utiliser et, surtout, quel type de mouches cela nécessite‑t‑il ?

Pour beaucoup, le « riffling hitch » est la raison numéro un d’aller pêcher à la mouche en Islande. Lors de nos visites, cela a en effet été le « plan A » la plupart du temps. En entrant dans un pool, votre guide vous proposera typiquement de faire votre premier passage avec un hitch comme modèle de prospection avant d’envisager d’autres démarches. Obtenir un hitch qui rifflle correctement est plus facile avec un bas de ligne court, c’est pourquoi il peut être utile d’emporter deux montages : un avec un bas de ligne court et un hitch rifflant, et un autre avec un bas de ligne long pour tout le reste, mais surtout pour les mouches sèches et les coneheads.
Je me souviens que le chef guide de Midfjardará, Helgi, disait « la seule chose qui compte pour un hitch, c’est qu’il hitch » (= qu’il crée une traînée en V). Même si les couleurs ne font pas toujours une énorme différence, il est judicieux d’emporter quelques tailles différentes. Nos hitches de 3/4 de pouce sont une bonne taille « petite », tandis que la taille 1/2 pouce est déjà si microscopique que vous aurez du mal à trouver des hameçons tubulaires assez petits pour convenir. Vous devrez utiliser un bas de ligne fin et peut‑être faire un petit nœud en boucle pour attacher l’hameçon au bas de ligne, en ne plaçant que le nœud à l’intérieur du tube au lieu du corps de l’hameçon (qui pourrait ne pas entrer sans y mettre pas mal de force). Un « grand » Sunray hitch de 4 cm ou un foam hitch est une bonne option plus grosse. À vous de voir si la couleur compte, mais nous avons pris au moins deux fois le plus gros saumon du séjour sur un hitch Fluoro Black vert. Le noir, le bleu et l’argenté sont aussi de bonnes options, par exemple sous la forme de Blue Charm, Kolskeggur, Arndilly Fancy ou Silver Wilkinson.

Les Sunrays classiques ont aussi leur place comme modèles de prospection, mais notre expérience est que les guides optent plus souvent pour commencer par un hitch. Nous avons utilisé des Sunrays plus grands, d’environ 10 cm, avec succès par temps de tempête ainsi que lors de journées extrêmement lentes pour réveiller les poissons. Cependant, en conditions moyennes, des tailles plus petites autour de 4–8 cm sont la norme. Vos Sunrays de plus de 15 cm peuvent rester à la maison — gardez‑les pour la Norvège. Les techniques sont les mêmes : lancer en travers du courant et utiliser de longues bandes pour donner de la vitesse à la mouche si nécessaire. L’objectif est de balayer rapidement une zone à la recherche de poissons actifs.
Alors que les mouches sèches sont rarement utilisées pour sonder de larges zones, elles auront souvent la première place lorsqu’on lance sur un poisson aperçu ou si le pool se pêche mieux directement en amont. Dans les pools les plus étroits, se tenir en amont du poisson pourrait facilement révéler le pêcheur, tandis qu’un lancer en amont depuis l’arrière du poisson avec un leader long offre plus de discrétion. Nous avons surtout utilisé des Pomperos et des Foambers, mais tout type de Bomber fera l’affaire. Les petites tailles, #8–10, ont bien fonctionné, avec le gris, le brun, l’olive et le vert comme bonnes options de couleur.






Vous avez donc terminé votre première passe avec un modèle de prospection ou une sèche. Et ensuite ?
Selon ce qui s’est passé lors du premier passage, il y a plusieurs options. Peut‑être passez‑vous au pool suivant s’il n’y a aucune activité. Si vous savez que vous pêchez un pool « chaud » ou si vous avez obtenu la moindre réaction d’un poisson, vous voudrez probablement le cibler à nouveau avec une autre mouche et une autre technique. Cela peut être un petit double ou triple, la taille #14 étant la norme, mais les #16–18 sont régulièrement utilisées aussi. Certains pêcheurs et guides aiment aussi commencer par un double, mais pour nous il s’agit davantage d’un outil de précision pour les poissons identifiés ou présumés.
Green Butt, Undertaker ou toute mouche à aile noire de confiance feront l’affaire. Le bleu et l’argenté forment une combinaison classique dans les rivières à saumon islandaises : Nagli, Randy Candy, Dimmbla, Blue Charm, Haugur et autres devraient figurer dans la boîte. De petites Frances et Ally’s Shrimp en triple peuvent aussi mériter une place, ainsi que nos fiables Ake et Munro’s Killer. Dans un courant plus fort, vous pouvez opter pour quelque chose comme un Sunray conehead micro ou un micro conehead encore plus lourd pour simplement passer sous la surface. En plus des classiques dérives en travers, une technique populaire consiste à lancer en travers du courant et à ramener la mouche avec de courts tirages rapides, créant un mouvement saccadé et erratique.






Autre astuce : « nymphing » un petit double directement en amont. Lancez bien au‑dessus du poisson, laissez la mouche couler quelques secondes en laissant de la ligne détendue, puis ramenez en gardant le contact de manière à ce que la mouche dérive presque en dérive morte, mais légèrement plus vite que le courant. Vous pouvez essayer ceci là où votre sèche n’a pas déclenché de prise avant de passer à des options plus lourdes en amont. Cela peut aussi être pratiqué avec des nymphes traditionnelles : une Prince Nymph ou peut‑être une Orange Tag pourraient être de bonnes sauvegardes.
Nous ne voyons pas forcément l’intérêt de voyager dans un paradis de la pêche de surface uniquement pour frapper violemment des grilse avec une Frances en tungstène et des Snaeldas. Petite précision : lorsque l’on pêche des rivières islandaises plus grandes comme les Rangá Ouest et Est, la Blandá et la Stóra / Big Laxá, il vous faudra un choix différent, peut‑être un peu plus « classique », avec des Snaeldas, Frances, Sunrays de tailles standards et des coneheads de taille moyenne. Cela dit, il y a aussi une place pour des mouches plus lourdes à Midfjardará !

Les micro‑coneheads sont spécialement un « genre » de mouches que nous avons adoptées d’Islande et qui se sont aussi révélées efficaces en Norvège. Un petit Collie Dog, Hairy Mary, Blue Vulture ou un autre modèle de couleurs similaires monté sur un conehead relativement lourd vous donnera une chance d’attirer des poissons passifs et d’atteindre des trous plus profonds. Les micro coneheads ne sont pas aussi lourds (et perturbants pour les poissons) que les gros Snaeldas, mais coulent rapidement avec beaucoup moins de résistance à l’eau, surtout lorsqu’on utilise des leaders longs et fins. Ils sont couramment dérivés en dérive morte avec des lancers en amont comme option de dernier recours si vous avez localisé des poissons qui ne montrent aucun intérêt pour les mouches de surface ou les doubles.
Et ne rejetons pas complètement la Frances non plus — après tout c’est un modèle islandais ! Nous avons utilisé des Frances rouges, noires et olives de la même manière que des micro coneheads, de la taille micro à moyenne. En général, les guides ne sont pas très enthousiastes à leur sujet, mais peuvent les suggérer à contre‑cœur lors d’une journée lente si rien ne bouge. C’est compréhensible : une grande partie de la magie des pools de Midfjardará tient à minimiser les perturbations et donc à garder les poissons actifs. L’utilisation massive de mouches lourdes ralentirait la pêche pour tout le monde au lodge.






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